Un fournisseur refuse d'être cité : que pouvez-vous afficher ?
Un fournisseur qui refuse d'être cité ne vous empêche pas d'informer vos clients. Ni la fiche produit AGEC ni la ligne à côté du prix ne demandent le nom d'une usine : la fiche demande le pays de chaque grande étape de fabrication (tissage, teinture et impression, confection), et la loi de 2026 parle de « lieux de fabrication », sans exiger de raison sociale. Vous pouvez donc afficher le pays, et, si votre fournisseur l'accepte, la région ou la ville, sans jamais publier son nom.
La situation n'a rien d'exceptionnel dans le textile : un atelier peut tenir à rester discret vis-à-vis de ses autres clients, une marque peut avoir signé un accord de confidentialité, ou les deux veulent éviter d'être démarchés. Voici ce que disent les textes, les niveaux de précision possibles, et la façon de tout cadrer par écrit.
Ce que les textes demandent vraiment
La fiche produit AGEC. Pour un vêtement, la traçabilité se donne par pays : le pays où s'effectue principalement chaque étape, lorsqu'elle existe (article R. 541-228 du code de l'environnement, issu du décret n° 2022-748). Aucun nom de fournisseur n'est demandé.
La ligne à côté du prix. L'article L. 541-9-1-2 du code de l'environnement, en vigueur depuis le 10 juillet 2026, demande que les « lieux de fabrication » soient portés à la connaissance du consommateur, de façon claire et lisible, à côté du prix. Le texte ne définit pas ces lieux et ne parle pas du nom des fabricants.
Le passeport numérique européen. Son contenu pour le textile sera fixé par les règles de la catégorie : les règles sont attendues en 2027, avec une obligation dans les mois qui suivent. Les considérants 32 et 33 du règlement ESPR évoquent déjà un accès différencié aux données, selon leur nature et le lecteur, notamment pour protéger les informations commerciales confidentielles.
En pratique, les obligations actuelles se remplissent avec des pays. Le nom de l'atelier relève d'un choix de communication, pas d'une exigence de ces textes.
Les quatre niveaux de précision possibles
Le pays : « Confectionné au Portugal ». C'est le niveau demandé par la fiche AGEC et celui que propose notre générateur de lieux de fabrication. Il ne révèle rien sur l'atelier.
La région : « Confectionné dans le nord du Portugal ». Plus parlant pour l'acheteur, rarement suffisant pour identifier un atelier.
La ville : « Confectionné à Guimarães ». Attention : dans une ville qui compte peu d'ateliers de votre spécialité, la ville suffit parfois à identifier le fournisseur.
Le nom de l'atelier : uniquement avec un accord écrit, et pour les usages que cet accord couvre.
Choisissez le niveau avec votre fournisseur, pas à sa place. Un atelier qui accepte la région peut refuser la ville, et un atelier qui refuse d'être nommé sur le site peut accepter de l'être auprès de vos revendeurs.
Comment le formaliser avec votre fournisseur
Relisez votre accord de confidentialité. Vérifiez ce qu'il couvre exactement : le nom, l'adresse, les photos, les prix, les volumes. Beaucoup d'accords protègent l'identité commerciale sans interdire de citer un pays.
Posez la question par écrit. Proposez les quatre niveaux ci-dessus et demandez lequel il accepte, pour chaque support : site, passeport, réseaux sociaux, presse, documents pour vos revendeurs.
Conservez sa réponse. Un échange de courriels garde la trace de son accord ; vérifiez si votre accord de confidentialité exige un avenant écrit.
Gardez les preuves pour vous. La ligne affichée doit pouvoir être justifiée. Conservez en interne l'identité de l'atelier, ses déclarations écrites et vos documents d'achat, même si rien de cela n'est publié.
Revoyez l'accord à chaque changement. Un nouvel atelier, une nouvelle étape sous-traitée ou une nouvelle collection peuvent changer la réponse.
Les fuites involontaires à éviter
Une marque peut respecter scrupuleusement un accord sur son site et laisser filtrer le nom de l'atelier ailleurs. Les cas les plus courants :
Un numéro de certificat. Le numéro d'un certificat OEKO-TEX se vérifie en ligne : la page de vérification affiche le titulaire du certificat (« Certificate owner »), c'est-à-dire souvent votre fournisseur. Même prudence avec les autres labels dont le numéro renvoie au titulaire.
Les photos d'atelier. Une enseigne, un logo sur une blouse, une affiche au mur ou une vue reconnaissable depuis la fenêtre suffisent à identifier un lieu.
Les fichiers joints. Un PDF de déclaration fournisseur, un rapport d'essai ou une fiche technique publiés tels quels portent souvent le nom et l'adresse de l'émetteur, parfois dans les propriétés du fichier.
Les textes alternatifs et noms de fichiers. « atelier-dupont-porto.jpg » se lit dans le code de la page.
Les réseaux sociaux. Une story de visite qui géolocalise l'usine, ou un tag de son compte, défait en une minute un accord de confidentialité.
Les données transmises aux revendeurs. Un fichier produit envoyé à une place de marché peut être republié tel quel.
Ce que vous pouvez dire sans nommer
Rester discret sur un nom n'empêche pas de donner du relief à la fabrication. Quelques formulations qui restent exactes sans identifier personne :
« Confectionné au Portugal, dans un atelier familial avec lequel nous travaillons depuis plusieurs collections. »
« Teint en Italie, dans la région de Prato. »
« Piqué et monté au Portugal, par un atelier spécialisé dans la chaussure de ville. »
Deux règles à garder. Chaque mot doit pouvoir être justifié : « familial », « depuis plusieurs collections », « spécialisé » sont des affirmations, pas des décorations. Et n'attribuez pas au produit entier le pays d'une seule étape : un tissu italien confectionné ailleurs reste un vêtement confectionné ailleurs.
Que répondre à un client qui demande le nom de l'usine ?
La question arrive par courriel, en commentaire ou au service client. Une réponse simple, exacte et cohérente avec votre site suffit :
redonnez les pays par étape, tels qu'ils figurent à côté du prix ;
expliquez que votre atelier a demandé à rester discret, et que vous respectez cet accord ;
proposez ce que vous pouvez partager : la région, le savoir-faire, la durée de la relation, si votre fournisseur l'a accepté ;
n'inventez pas de détail pour combler le silence.
Préparez cette réponse à l'avance, pour que toute l'équipe donne la même. Une réponse cohérente inspire plus confiance qu'un nom d'usine donné par l'un et refusé par l'autre.
Et dans le passeport numérique ?
Le passeport est fait pour gérer ce cas. Les niveaux d'accès permettent de montrer au public les pays de fabrication, et de réserver des informations plus détaillées à des lecteurs habilités. Ce sont les règles de la catégorie textile qui fixeront quelles informations sont publiques et lesquelles sont restreintes ; elles ne sont pas encore publiées.
D'ici là, organisez vos données en deux couches : ce qui est public, validé avec chaque fournisseur, et ce qui reste interne. Le jour où les règles textile seront connues, il suffira de répartir ce qui est déjà rangé.
Questions fréquentes
Le pays suffit-il pour la fiche AGEC ?
Oui. Le décret demande le pays où s'effectue principalement chaque étape. Le nom du fournisseur n'est pas demandé.
Puis-je écrire seulement « Fabriqué en Europe » ?
Le décret demande un pays par étape pour la fiche AGEC, et la ligne à côté du prix porte sur les lieux de fabrication. Un continent ne répond pas à la fiche AGEC et reste en deçà de la lecture prudente de la ligne : indiquez les pays.
Mon fournisseur refuse même de donner le pays : que faire ?
C'est un autre problème. Sans pays, vous ne pouvez ni remplir la fiche AGEC ni afficher la ligne à côté du prix, et « information non disponible » n'est pas une réponse acceptée pour la fiche. Expliquez à votre fournisseur que le pays ne l'identifie pas, et prévoyez cette information dans vos prochains bons de commande.
Puis-je citer mon fournisseur auprès de mes revendeurs, mais pas sur mon site ?
Oui, si votre accord le permet. C'est justement l'intérêt de demander son accord support par support.
Faut-il publier le nom des fournisseurs pour paraître transparent ?
Non. La transparence tient d'abord à l'exactitude de ce que vous affichez : des pays justes, par étape, plutôt qu'un nom d'usine sans le reste.
Où en est Prova
Dans Prova, vos fournisseurs renseignent eux-mêmes les pays de fabrication, sans créer de compte, et c'est la marque qui décide de ce qui est publié. La ligne à afficher à côté du prix ne reprend que les pays par étape. Le passeport distingue les informations publiques des informations réservées, selon les niveaux d'accès. Pour voir le résultat sur un produit, notre démo montre un passeport complet, QR code compris.
Repère : dans notre baromètre 2026 des fiches produits, près d'une marque sur deux (47 %) consacre une page de son site à sa fabrication. Mais six fois sur dix, chez ces marques, le détail des étapes n'apparaît pas sur la fiche du produit lui-même.
Cet article présente le cadre réglementaire à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Pour l'interprétation d'un accord de confidentialité, rapprochez-vous de votre conseil.